LES CONSEILS DE COOPS (ou conseils d'élèves)

Afin de vous aider dans la mise en place et/ou l'animation d'un conseil de coop, notre animateur se tient à votre disposition. De plus une malle pédagogique a été conçue pour vous accompagner. elles est empruntable sur une période ou sur l'année complète. Retrouvez son descriptif ici.

 

Article écrit par Véronique Baraize, responsable du pôle pédagogie et formation, Fédération OCCE

La  coopération  scolaire  peut  s’appréhender  avec  trois  modèles  de référence qui s’apparentent mais ouvrent sur des finalités différentes dans le milieu scolaire. Différents mobiles peuvent présider à la mise en place de conseil de coop.

1. Une finalité d’éducation citoyenne
Barthélémy Profit 1932 : la coopérative scolaire est une association d’enfants qui, sous  l’égide  de  personnes  amies,  travaillent  eux-mêmes  à  améliorer  le  milieu matériel et le milieu moral qui conditionnent leur éducation. Trois  traits  distinctifs  font  qu’une  coopérative  ne  pourra  jamais  avoir  d’équivalent parmi les autres associations éducatives. Qui dit coopérative authentique dit :

-  Autogestion effective :   pas de simulacre de délégation des pouvoirs ; les enfants assument réellement les responsabilités,
-  Poursuite  collective  de  tâches  résolument  pratiques  :  pas  de  pseudo-activités  jouant  ou  trichant  avec  les  faits  ;  pas  de  distance  entre  la décision et l’exécution,
-  Surgissement de valeurs nouvelles à l’occasion de ces tâches et du fait de ces tâches : les activités sont entreprises pour répondre à de simples besoins qui sont là. En cela, ils engendrent des valeurs particulièrement élevées  et  nullement  préfigurées  parce  qu’elles  naissent  d’exigences pratiques.

«  Ce  qui  est  le  plus  important,  c’est  que  cette  transformation  matérielle  de l’Ecole par la coopérative  rende possible l’emploi de méthodes modernes et surtout l’esprit  nouveau  créé  dans  la  classe ». 

Profit  a  conscience  de  cette  richesse  et  sait communiquer sa confiance. Lors du développement coopératif, l’OCCE a convenu plus ou moins implicitement que pour mieux faire apparaître la fécondité de la coopérative scolaire, il importait de  trouver  des  activités  spécifiques  et  chacun  s’est  employé  à  lui  en  découvrir  : philatélie, aéromodélisme, écoles fleuries…
Ces  projets  à  gérer  en  commun  permettent  un  «  ruissellement  »  de  valeurs  et l’apprentissage  de  la  vie  citoyenne.  C’est  ainsi  que  l’OCCE  est  reconnu  par  les ministères successifs de l’Education nationale. La circulaire de 2008 la situe comme
un levier d’apprentissage citoyen grâce  la mise en place de projets éducatifs.  

 

2. Une finalité économique et sociale
Pour Emile Bugnon et ses pairs, fondateurs de l’OCCE, il s’agissait de faciliter l’enseignement  de  la  coopération  dans  les  établissements  scolaires  pour  que  les enfants  deviennent  des  coopérateurs  adultes  et  inscrivent  leur  opinion  politique
dans une logique économique sociale. De fait, l’OCCE n’est pas issu des travaux de théoriciens de l’éducation : son existence, il la doit au mouvement coopératif adulte.
Au  congrès  de  Paris  en  1955,  le  mouvement  constate  que  la  coopérative  scolaire perd de vue ses caractères également fondamentaux : le recherche en commun d’un bénéfice issu d’un travail de groupe, son utilisation à des fins collectives subit des
transformations  par  le  fait  que  la  trésorerie  devient  plus  aisée.  Les  coopératives pensent voyages, fêtes, cinéma oubliant parfois un peu en chemin le temps et l’idée d’un  travail  collectif  et  de  ses  vertus  (persévérance,  sens  de  l’économie  et  du
réalisme, fierté de la tâche réussie…). Le caractère social disparait peu à peu. Pourtant,  aujourd’hui  encore,  l’OCCE,  au  travers  de  différentes  actions  au  sein  de l’ESPER,  défend  la  coopérative  scolaire  comme  moyen  de  connaître  un  modèle économique alternatif au modèle néo-libéral en permettant aux élèves d’analyser les principes  qui  sous-tendent  cette  logique  socio-économique  visant  le développement social et l’émancipation humaine.


3. Une finalité pédagogique
Célestin Freinet a d’ailleurs eu un doute sur la coopérative scolaire : « Si vous fondez votre coopérative dans le but essentiel de recueillir de l’argent que l’Etat ou la commune se refusent à vous allouer, si, plus ou moins habilement, vous imposez à l’enfant une tâche financière qui lui répugne, si vous exigez de lui cotisations, services excédant ses forces, besogne sans rapport avec la vie scolaire, vous ne faites plus de la  coopération  scolaire  véritable,  vous  vous  contentez  d’organisez  les  «  possibilités
financières »  de  l’école  au  détriment  de  la  pédagogie  prolétarienne.  »  Pourtant  ses appréhensions  tombèrent  à  l’épreuve  des  faits  à  l’école  de  Vence.  En  1959,  un protocole  d’accord  est  signé  entre  l’OCCE  et  l’Ecole  moderne  ;  Freinet  invite  les enseignants  à  créer  des  coopératives  pour  rénover  l’enseignement  car  c’est  le moyen,  souvent  le  seul,  pour  se  procurer  des  ressources  en  vue  de  l’achat  de matériel et aussi et surtout parce qu’elle se prête le mieux à l’emploi permanent de certaines techniques précises et parce qu’il la sait indispensable pour l’introduction d’un  climat  foncièrement  nouveau.  Il  en  a  besoin  pour  mettre  à  jour  «  dans  la complexité  des  problèmes  essentiels,  les  chemins  de  simplicité  et  de  clarté  sur lesquels pourront s’engager, avec la même calme certitude, tous ceux qui œuvrent humblement pour une meilleure humanité ».
Il  a  su  inventer,  réinventer,  comme  d’autres  praticiens  avant  et  après  lui,  des institutions coopératives venant en complément du conseil de coopérative pour que les  élèves  portés  par  une  faculté  désirante,  une  puissance  d’agir  découvrent  le
monde et se projettent heureusement. Freinet profite du cadre imaginé par Profit mais en s’apercevant que point n’est besoin d’aller inventer des activités spécifiques à la coopérative scolaire ; les tâches scolaires  conviennent  elles-mêmes  parfaitement  à  créer  des  conditions  favorables pour que chacun puisse accroître sa puissance de vivre par la découverte du monde.
Il  mettra  alors  en  place  une  pédagogie  d’action  basée  sur  le  tâtonnement expérimental au cœur de laquelle, le conseil de coopérative n’est qu’un instrument parmi d’autres pour vivre en coopération.